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Que retenir de SXSW 2017?

19 avril 2017

Cette année encore, une délégation de Brad était présente à la grande messe interactive de SXSW à Austin au Texas. Pour tirer un bilan de cette 24e édition, Fabien Loszach, directeur de la stratégie interactive, et Hugues Morin, chef de groupe – création interactive, discutent des mots-clés à retenir.

1. Interface

L’interface homme-machine est amenée à grandement évoluer dans les prochaines années. Si l’interface de l’Internet était le clic et celle du mobile le toucher, eh bien la prochaine interface sera sûrement la voix/conversation.

On a tout d’abord eu Siri sur iPhone, mais depuis quelques mois, les objets conversationnels se multiplient dans nos environnements. On voit arriver dans nos vies des assistants domestiques, pour la maison, contrôlés par la voix et interagissant avec les humains grâce à une intelligence artificielle comme le Google Home ou l’Amazon Echo.

Pour le moment, ces objets sont encore perçus comme des gadgets avec une utilité limitée, mais ces intelligences font beaucoup de progrès. C’est une technologie en évolution rapide qui repose sur l’apprentissage automatique et cognitif. Ce sont des intelligences apprenantes : elles enregistrent nos habitudes pour nous fournir de meilleures réponses et une expérience plus conviviale pour les consommateurs.

Ces interfaces ont aussi un impact émotionnel : quand les machines parlent, les usagers sont plus émotionnellement connectés. Il est d’ailleurs démontré que l’on ressent beaucoup plus facilement de l’empathie, des émotions par la voix que par le texte puisque l’on a l’impression de partager une humanité commune (comme dans le scénario le film Her de Spike Jonze). Il n’est pas rare non plus de voir des utilisateurs donner des noms à ces intelligences, notamment des noms de proches disparus.

Un des sujets prédominants était toutefois celui de l’éthique de ces intelligences artificielles. La peur n’était pas tant de voir ces I.A. prendre le pouvoir sur l’homme (comme dans les films de science-fiction), mais plutôt la façon dont ces technologies peuvent être utilisées pour nous surveiller ou nous enfermer dans notre bulle de filtres.

2. Diversité

Le deuxième mot-clé est la diversité; diversité des sujets abordés tout d’abord. On ne parle pas juste de technologie à SXSW, mais d’un tas d’autres choses : journalisme, nourriture, cinéma, écologie, mode, engagement social, urbanisme, transport, conquête spatiale, activisme, politique, santé, etc. SXSW devient un festival de société parce que TOUTE la société est traversée par le numérique.

La diversité concerne aussi les genres et les cultures. Après l’épisode du Gamers Gate l’an dernier et le mouvement Black Lives Matter, la grande question était : Est-ce que le monde des technologies a abandonné les minorités; avec en premier lieu les femmes, les Afro-Américains et les minorités visibles et sexuelles? Il y avait à ce sujet des dizaines d’évènements consacrés aux LGBT, à l’égalité homme-femme, au harcèlement en ligne. Mais ce que l’on remarque aussi, c’est, depuis 4-5 ans, la multiplication des conférences consacrées à la cause afro-américaine. Notons que les Afro-Américains représentent seulement 2,2 % des employés de la Silicon Valley, et les hispaniques 4,7 %.

Un constat s’impose : la Silicon Valley n’a pas encore craqué le code de la diversité en technologie, et ce, même si les problèmes sont identifiés : il faut combattre les biais cognitifs et les stéréotypes en affichant des offres d’emploi sans genre ou en masquant les noms par exemple.

Une étude a par exemple montré que les codes faits par des femmes avaient un niveau de validation des pairs un petit peu plus élevé que la moyenne… à condition qu’on ne sache pas que ce sont des femmes qui l’ont codé.

3. Personnalisation

« Computer God tells me what I like »; cette citation tirée d’un épisode de Black Mirror met bien en exergue notre relation avec les algorithmes de recommandations. Ce sont des algorithmes qui nous font des recommandations en fonction de nos habitudes de navigation, nos habitudes culturelles, toutes les traces que nous laissons derrière nous.

Comme l’analysait Eli Pariser, ces algorithmes nous enferment dans nos propres habitudes. Cette année, beaucoup de conférences étaient en réaction à ces bulles de filtre, avec cette idée : comment retrouver un web plus authentique? Un web des origines permettant la serendipité, c’est-à-dire l’art de trouver, par hasard, des choses qu’on ne cherchait pas.

À ce sujet, deux conférences ont retenu notre attention, celle donnée par Allan et Sarah Schaaf, les fondateurs de Imgur (prononcez « imager» svp) : le combat pour garder Internet authentique. Imgur est la principale plateforme de partage d’images en ligne et elle fonctionne sans algorithme de personnalisation de manière démocratique. La deuxième, donnée par Alexis Ohanian de Reddit, plateforme qui fonctionne elle aussi sans personnalisation, mais avec un algorithme qui combine nouveauté de l’information et vote populaire. Sur Reddit, le groupe CMV (Change my view) est d’ailleurs destiné aux internautes qui veulent sortir de leur bulle de filtre et qui veulent remettre en question leur présupposés.